Pour faire oublier le coup de Jarnac du début d’année -une hausse de ses tarifs de 3,5 %- la SNCF veut se racheter. Bonne fille, elle a fait savoir qu’elle augmentera l’an prochain le quota de places soldées vendues sur son site Internet.
En revanche, pas question de toucher à son système de tarifications burlesque, qui fait passer le prix d’une place du simple au triple sur un même train en fonction du moment où on l’achète ("Prems", "Dernière minute" etc). Le tout sans que le client ait la moindre connaissance du prix de base de son voyage.
Le député UMP poil à gratter Hervé Mariton a prévu de pousser un nouveau coup de gueule ces jours-ci à l’occasion vote du budget des transports dont il est le rapporteur. Sans doute insuffisant pour faire bouger les lignes. Pourquoi changer un système auquel personne ne comprend rien mais qui permet de remplir les trains ?
Alors autant essayer de profiter des failles de cette tarification extravagante. Avec un esprit un peu filou, on peut détourner les “Bons Plans“ du site web en prenant la SNCF à son propre jeu.
Comment par exemple aller à Chambéry pour pas cher ? Très simple, il suffit en ce moment d’acheter un billet Paris-Turin et de descendre du train quand il s’arrête dans la préfecture savoyarde. Grâce à une promotion temporaire, il n’en coûte que 35 euros. Mieux vaut ne pas trop en rajouter durant le voyage, vous risquez de casser l’ambiance car vous avez toutes les chances que votre voisin se tende quand il réalisera qu’il a payé son billet plus du double du vôtre.
En effet, sur la bourse des valeurs du site Internet de la SNCF, on pouvait donc dégoter fin octobre un billet Paris-Turin à 35 euros sur la rame quittant Paris à 7H42, samedi 21 novembre. Et même pousser le luxe jusqu’à s’offrir une place en 1ere pour le prix royal de seulement 45 euros. Tandis que sur le même train, une place Paris-Chambéry en seconde classe était proposée au premier prix de 87,60 euros ! De quoi renforcer la lutte des classes !
UN VOYAGE LONGUE DISTANCE COÛTE MOINS CHER QU’UN TRAJET COURT
Voilà un train que les Shadoks auraient apprécié. Il suffit d’acheter pour plus loin afin de payer moins cher, tout en descendant au même endroit que ceux qui ont payé très cher. On ne s’émerveillera jamais assez de ce système. Lequel semble illustrer à merveille cette fameuse maxime que le président de la SNCF, Guillaume Pépy aime à répéter pour entretenir le mystère : « Si vous m’avez compris, c’est que je me suis mal exprimé. »
Malheureusement, ce genre d’affaires sur les “Bons plans“ de la SNCF n’est possible que de façon temporaire. La promotion sur Paris-Turin ne dure en effet que jusqu’au 6 décembre. Au-delà, le client aurait pu espérer tirer partie de l’arrivée mi décembre des TGV sur cette même desserte de la compagnie publique italienne, Trenitalia,. Sûr qu’un concurrent aurait fait un gros effort sur les prix pour faire son trou.
Las, on vient d’apprendre que les autorités françaises ont refusé leur sésame aux Italiens dont l’entrée en ligne est renvoyée à on ne sait quand. Pas touche au TGV et à son système tarifaire, c’est la vache à lait qui fait vivre toute la SNCF. D’autant qu’avec la crise, elle se tarit un peu.
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