Par Valon Maloku
http://balkans.courriers.info/article13708.html
Les investissements étrangers au Kosovo ont enregistré un déclin drastique lors des premiers mois de cette année. Selon les statistiques de la Banque Centrale du Kosovo
(BQK), les investissements étrangers directs au Kosovo ont baissé de 3O% lors du premier semestre de l’année 2009. Pour l’année 2008, le montant global des investissements étrangers a été de
360 millions d’euros, soit déjà 61 millions d’euros de moins qu’en 2007.
Selon les responsables du gouvernement, cette chute est une conséquence de la crise financière mondiale. Quant aux experts, ils disent qu’il faut s’engager davantage pour que le Kosovo devienne plus attractif pour les investisseurs.
Les statistiques de premier semestre de la Banque Centrale du Kosovo démontrent que la crise économique qui a submergé l’économie mondiale continue de se faire sentir au Kosovo. La crise s’illustre surtout par la diminution des sommes d’argent en provenance de la diaspora et des investissements directs étrangers, ainsi que par le faible niveau des exportations. « La crise globale influence aussi le niveau des investissements directs dans le pays, qui ont chuté d’au moins 30% lors du premier semestre de l’année », souligne le rapport.
Le ministère du Commerce et de l’Industrie a pour sa part reconnu qu’il y avait bien une chute des investissements étrangers au Kosovo. Selon le ministère, cette chute serait due à la crise financière globale, mais il précise que, depuis le début de l’année, des contrats ont tout de même été signés avec quatre investisseurs étrangers : deux investisseurs allemands, un hongrois et un grec dans la Parc Industriel de Drenas/Glogovac. Ces investissements ont été évalués à la somme de 2 à 3 millions d’euros.
Cependant, à l’inverse des autres pays qui offrent plus de possibilités aux investisseurs étrangers, plusieurs obstacles qui tendent à réduire l’intérêt des investisseurs à placer leurs capitaux au Kosovo ont été identifiés. Ces obstacles s’ajoutent aux problèmes de manque d’énergie électrique, du mauvais fonctionnement de la loi et des tribunaux, de l’économie informelle, des procédures administratives toujours indéfinies en ce qui concerne le droit d’accès au permis de travail délivré par les assemblées municipales, mais aussi la hauteur des intérêts et le retour des crédits dans un plus court délai. Alors que les investisseurs étrangers se confrontent à ces problèmes, qui ont aussi une influence sur l’image du pays à leurs yeux, les pays voisins offrent quant à eux beaucoup plus de facilités aux investisseurs étrangers. Par exemple, la Macédoine offre aux investisseurs une zone libre économique pour l’achat et la vente des marchandises, une remise des impôts sur les bénéfices pendant 3 ans, des subventions pour la création d’emplois, des procédures rapides pour l’accès à la propriété privée, etc.…
Dans le dernier rapport de la Banque Mondiale intitulé : « Faire du business 2010 : La réforme dans les moments difficiles », le Kosovo se range à la 113ème place sur l’indice de réglementation des affaires. Le Kosovo devance seulement la Bosnie-Herzégovine, dernière des pays balkaniques sur la liste. Selon cette liste, en ce qui concerne les pays balkaniques, la Macédoine est l’un des pays qui a appliqué le plus de réformes au monde. Elle est rangée 32ème…devant la Croatie qui est 103ème, la Serbie 88ème, le Monténégro 71ème et la Slovénie 53ème. Flamur Keqa, expert bancaire à la Chambre Économique du Kosovo, affirme qu’il existe différentes raisons à la chute des investissements étrangers. « En général, au Kosovo, il n’existe toujours pas de milieu favorable pour le business, milieu qui attirerait les appétits des investisseurs étrangers pour les investissements et les bénéfices », déclare Keqa. Selon lui, il y a tout d’abord un manque d’application de la loi, et même parfois des abus de la loi. Et puis, le manque d’infrastructures énergétiques et routières sont également deux éléments essentiels pour les investisseurs étrangers qui veulent venir investir au Kosovo. « Le Kosovo n’est toujours pas perçu par les investisseurs étrangers comme un pays sans barrières régionales, malgré le fait qu’il soit membre de l’accord de libre-échange CEFTA. Le Kosovo est souvent défini comme un petit marché qui se heurte à des problèmes de liberté de circulation des marchandises, du capital et des êtres humains. Il y a aussi un paradoxe en ce qui concerne le Kosovo. Tout en étant le marché le plus libéral d’Europe, il se confronte à plusieurs blocages de son marché et de ses marchandises », ajoute-t-il. Keqa considère que le Kosovo est depuis plusieurs années écarté des projets des entreprises et des investisseurs sérieux. Selon lui, il faudra au minimum encore 3 à 5 ans pour voir une circulation plus dynamique des entreprises et des produits étrangers. Selon lui, le gouvernement doit s’engager plus avant dans la mise sur pied de la responsabilité institutionnelle et individuelle, tout en éliminant la bureaucratie pour les investisseurs.
Jusqu’à maintenant, on disait qu’au Kosovo, on pouvait enregistrer une création d’entreprise en une journée, mais la vérité est qu’il faut au moins 4 à 5 jours. Et il faut environ 52 jours pour disposer d’une licence, ce qui est beaucoup trop long pour les investisseurs étrangers. Keqa recommande aussi à l’exécutif de s’engager plus fortement en faveur de la promotion des valeurs du Kosovo à l’étranger, de la promotion des investissements étrangers et de l’amélioration de l’image du Kosovo. Selon lui, le fait que la Macédoine soit à la 32ème place sur la liste de la Banque Mondiale pour le contexte des affaires démontre que le Kosovo peut faire beaucoup plus pour attirer les investisseurs. Shpend Ahmeti de l’Institut des Recherches Avancées atteste qu’il y a plusieurs raisons pour le manque et la chute des investissements étrangers au Kosovo, qui sont à la fois de nature politique et liées au manque de réformes dans différents secteurs. Ahmeti affirme que plusieurs pays de la région sont actuellement plus favorables que le Kosovo pour investir. « Si on veut une croissance économique à long terme, alors on a besoin d’investissements étrangers ; ce qui veut dire que nous dépendons de ces investissements étrangers », conclut-il.

