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Dubaï est au bord de la faillite
La ville-émirat tente de rassurer les marchés sur la vigueur de son économie, alors que les places boursières internationales ont accueilli avec inquiétude l'annonce de son incapacité d'honorer à temps une partie de sa dette.
Dubaï au bord de la faillite (AFP)
Les problèmes de dette de Dubaï, hérités d'un boom immobilier qui a vu la construction des immeubles les plus hauts du monde, ont suscité de vives inquiétudes parmi les investisseurs occidentaux, qui s'étaient tournés vers la région du Golfe pendant la crise financière mondiale.
L'émirat a officiellement annoncé mercredi qu'il allait demander aux créanciers de Dubai World, le conglomérat qui a piloté son expansion effrénée ces dernières années, de donner leur accord à un moratoire sur plusieurs milliards de dollars de dette. Ce moratoire constituerait la première étape de la restructuration de Dubai World.
Les marchés craintifs
Dubaï a tenté de rassurer les marchés jeudi en précisant que son entreprise bénéficiaire DP World, qui exploite 49 ports dans le monde, ne serait pas inclue dans la restructuration.
DP World, dont l'encours de dette obligataire s'élève à 3,25 milliards de dollars (2,17 milliards d'euros), est détenu en majorité par Dubai World, mais certaines de ses actions sont cotées sur le NASDAQDubai.
Les Bourses européennes ont chuté de 3%, touchant un plus de sept mois, les valeurs bancaires ayant été particulièrement touchées avec un indice DJStoxx des banques en Europe en baisse de 5,04% à la clôture.
Les entreprises détenues en partie par des investisseurs du Golfe, comme le London Stock Exchange, J Sainsbury et les constructeurs allemands Porsche et Daimler ont chuté, les marchés craignant que ces investisseurs ne réduisent leurs participations afin d'obtenir des liquidités.
"C'est très grave"
L'exposition des banques internationales à Dubai World pourrait atteindre les 12 milliards de dollars en prêts syndiqués et en prêts bilatéraux, y compris les prêts existants à Nakheel and Instithmar, un véhicule d'investissement du gouvernement de Dubaï, ont déclaré des sources bancaires à Reuters.
Les banques cherchent à formuler une réponse à la demande de moratoire et évaluent notamment son impact sur la politique de prêt à Dubaï et aux pays du Golfe.
"C'est très grave et cela aura des implications pour toute la région", a déclaré un banquier.
L'annonce de Doubaï provoquera probablement une réévaluation des risques attachés aux dettes d'entreprises détenues par des fonds souverains de la région.
L'agence de rating Standard & Poor's a déclaré jeudi qu'elle ramenait la perspective sur quatre banques de Doubaï à "négative" du fait de leur exposition à Dubai World.
S&P's et Moody's avaient déjà dégradé la note de plusieurs entités liées au gouvernement mercredi.
Sur le marché des swaps de défaut de crédit (CDS), l'annonce de mercredi a également fait bondir le coût de la garantie contre un risque de défaut de Doubaï à 500-550 points de base d'après certains traders.
Le coût de la garantie sur la dette du Qatar, d'Abou Dhabi et de Bahreïn a également fortement augmenté.
Un modèle économique en péril ?
L'annonce a par ailleurs pesé sur le prix des émissions obligataires de Dubaï.
Les analystes ont dans leur majorité cherché à minimiser l'impact de cette annonce sur le reste de la région, soulignant que Dubaï a financé son développement par l'intermédiaire de prêts alors que ses voisins sont d'importants exportateurs de pétrole et de gaz.
Abou Dhabi, un émirat voisin de Doubaï qui possède la plupart du pétrole des Emirats arabes unis, devrait d'après les analystes apporter un soutien financier à Doubaï.
Mais Dubaï devra probablement renoncer à un modèle économique centré sur d'importants investissements dans l'immobilier et des entrées de main-d'oeuvre et de capitaux étrangers.
Si les créanciers rejetaient la demande de Doubaï de repousser à mai 2010 l'échéance d'une dette arrivant bientôt à maturité, le gouvernement de Doubaï pourrait devoir brader ses actifs immobiliers à l'international;
"Nous pensons que le gouvernement de Doubaï va accentuer ses efforts pour lever des capitaux à travers des ventes d'actifs immobiliers, notamment en Grande-Bretagne", a déclaré à Reuters James Lewis de Knight Frank, un cabinet de conseil en immobilier.
L'émission obligataire de 3,52 milliards de dollars, dont la maturité initiale était fixée au 14 décembre 2009, s'échangeait à plus de 110% du pair mercredi avant l'annonce d'une demande de moratoire. Jeudi, l'émission s'échangeait à 72.
(Nouvelobs.com avec Reuters)