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Par Patrick J. Buchanan :N’étant pas disposé à contrôler ses combattants, qui ont tiré de nombreuses
roquettes sur Israël à la fin des six mois de cessez-le-feu, le Hamas a donné à Israël la provocation dont il avait besoin pour déclencher une attaque sauvage sur l’enclave palestinienne de
Gaza.
Samedi a été le jour le plus sanglant dans l’histoire du peuple palestinien depuis que celui-ci a été chassé de ses terres lors de la guerre de 1948. Mille d’entre eux ont été tués ou blessés alors que l’armée de l’air israélienne a mené plus de cents raids aériens - visant des cérémonies de décorations de combattants du Hamas, des stations de police et des sites de stockage de roquettes.
Le droit et le devoir d’Israël de défendre ses frontières ne se discutent pas. Quand le Hamas transforme Gaza en site de lancement de roquettes, il doit s’attendre à des représailles. Et il ne peut non plus s’arroger le droit d’en fixer les limites.
Cependant, on peut s’interroger sur le bien-fondé de représailles aussi violentes pour des roquettes qui n’ont fait aucun mort côté israélien. Et les politiciens israéliens stupides ont l’air d’être derrière cette offensive préméditée et organisée.
Avec le faucon du Likoud (1), Bibi Netanyahu, en tête dans les sondages pour l’élection du 10 février, le ministre de la défense, Ehud Barak, candidat du Parti travailliste, se devait de montrer que lui aussi pouvait être inflexible avec le Hamas.
Tzipi Livni, candidate du parti Kadima (2) et actuelle ministre des affaires étrangères, a encore plus besoin que le très décoré Ehud Barak de se montrer intransigeante. Le premier ministre Ehud Olmert, sur le départ en plein scandale, veut s’en aller auréolé de gloire pour faire oublier la guerre ratée qu’il a déclenche contre le Hezbollah durant l’été 2006.
Cependant, alors que tous les politiciens israéliens semblent avoir un intérêt dans cette guerre, c’est bien Israël qui va en payer le prix fort.
Vu les dernières estimations des victimes, plus de 300 morts et 1 300 blessés au moment où sont écrites ces lignes, le Hamas devra reconstituer son stock de combattants. L’aile du mouvement qui cherche à tout prix la guerre contre Israël pourra maintenant réduire au silence ceux qui travaillaient à un nouveau cessez-le-feu avec l’aide du président égyptien Hosni Moubarak.
Mahmoud Abbas, un Palestinien modéré qui a déjà négocié avec Israël, montrant ainsi sa bonne foi, est désormais considéré comme une marionnette et un fou. Une nouvelle intifada se répandant en Cisjordanie, avec des attaques suicides au cœur même d’Israël, est maintenant possible.
Les Arabes modérés qui ont reconnu Israël et œuvré pour la paix seront désormais regardés par les Arabes de la rue comme des conciliateurs incapables d’arrêter la souffrance du peuple palestinien.
Quant aux espoirs du président Bush d’instaurer une paix qui verrait la création d’un Etat palestinien, ils sont aussi morts que le processus d’Annapolis qu’il avait mis en place. Les huit années qu’a passées Bush à tenter d’instaurer la paix au Proche-Orient sont aujourd’hui un échec quasi-total.
Pendant quatre ans, Bush a refusé de discuter avec Yasser Arafat, alors que Bill Clinton avait négocié avec lui, et il a côtoyé quatre premiers ministres israéliens dont deux ont partagé un Prix Nobel avec Arafat. Durant son second mandat, Bush, après avoir insisté pour que le Hamas puisse participer aux élections palestiniennes, a refusé de reconnaître une fois que celui-ci ait remporté ces mêmes élections.
« Arafat était un terroriste et le Hamas est une organisation terroriste » a déclaré Bush, «et nous ne négocions pas avec les terroristes ». Pourtant, Bush a rayé la Lybie de la liste des Etats soutenant le terrorisme et il a envoyé Condolezza Rice discuter avec le colonel Kadhafi, alors que ce celui-ci a encore sur les mains le sang de plusieurs enfants américains tués lors du massacre de Lockerbie en 1989, attentat organisé par la Lybie de ce même Kadhafi.
Durant huit ans, tout comme le « mort » d’une partie de bridge, Bush est resté muet tandis que son partenaire israélien – Sharon ou Olmert – jouait les cartes américaines aussi bien que les siennes. La réponse de Bush à l’attaque sanglante de samedi a été, comme prévu, de blâmer le Hamas pour l’avoir provoquée et d’inciter les Israéliens à prendre garde aux éventuelles victimes civiles que pourraient occasionner leurs représailles.
Quoi qu’Israël décide de faire, nous le soutenons. Voilà ce qu’a été durant huit ans le credo le plus fervent de la politique américaine au Moyen-Orient.
Et Barack Obama ? Quarante huit heures après le début de l’offensive israélienne, lui et son équipe de sécurité nationale restaient toujours silencieux.
Espérons qu’Obama apportera avec lui une nouvelle politique au Moyen-Orient, faite aux États-Unis pour les États-Unis. Espérons que, comme Israël qui possède des liens vers la Syrie via la Turquie, vers le Hamas via l’Egypte ou vers le Hezbollah, Obama établira des contacts distincts avec ces trois parties et adoptera envers elles une politique américaine distincte, comme le fait Israël.
Si les États-Unis doivent défendre le droit d’Israël à protéger ses villes et à détruire les bases d’où sont lancées les attaques contre sa population, Obama devrait dénoncer la punition collective infligée au million et demi de Palestiniens de Gaza, par l’Etat hébreux qui, au plus fort de l’hiver, leur coupe l’électricité et leur refuse l’accès aux vivres et aux médicaments, dont beaucoup dépendent pour survivre.
Rester silencieux face à cela ne correspond ni à nos intérêts, ni à nos valeurs. Obama devrait déclarer que la politique d’Israël consistant à refuser le minimum vital aux faibles et aux innocents de Gaza - les femmes et les enfants - afin de punir ceux coupables de recourir aux armes, ne sera plus désormais financée par l’argent des contribuables américains.
Par Patrick J. Buchanan
Traduit de l’américain et annoté par G.W. Blakkheim pour Novopress France
(1) Parti sioniste de la droite libérale néoconservatrice.
(2) Parti d’Ariel Sharon, situé plutôt au centre de l’échiquier politique israélien.
[cc] Novopress.info, 2008, Dépêches
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