PRIÈRE
RÉPUBLICAINE. Ils sont Algériens, Marocains, Serbes, Ivoiriens, Camerounais et tous sans papiers.
Ce 24 décembre, Rabeha et sa copine Aurélie les ont invités à passer un réveillon de Noël «Républicain» dans leur appartement du centre ville de Toulouse.
Au menu: plats de ces pays, et lecture de la Déclaration universelle des Droits de l’homme au pied du sapin.
Organiser chez soi un «Noël républicain» pour une vingtaine de sans papiers ne va pas sans risque. Rabeha assume: «la société et les lois qui la dirigent, dit-elle, ont toujours évolué grâce à des gens qui entraient en résistance contre les injustices».Reportage.
Sarah devant le sapin des Droits de l'Homme. Photo: DR
Entre deux courses, avant la fête, Rabeha repasse chez elle. Dans la cuisine Pierre Victor, 25 ans, et sa sœur Marielle, 27 ans, sont aux fourneaux. Tous deux, natifs d’Abidjan, sont réfugiés politiques en France.
«C’est le premier Noël que nous passons ensemble depuis trois ans», s’exclame Pierre Victor. Ils ont connu la clandestinité avant le dépôt de leur demande d’asile et l’obtention d’un récépissé. «Tu vis la peur au ventre sans sortir. C’est tellement dur que parfois cela donne envie de se suicider», raconte Marielle.
Pudiques, ils ajoutent «avoir tenu en allant prier à l’église et grâce à des personnes comme Rabeha ». Préposée à l’épluchage des légumes, Sarah, 17 ans approuve. La jeune Algérienne est sous le coup d’un arrêté de reconduite à la frontière. Ce soir, sa mère et ses trois sœurs et frère, eux aussi menacés d’expulsion, la rejoindront pour le réveillon. Elle explique : «Nous sommes musulmans. D’habitude nous ne fêtons pas Noël, mais ce soir le Père Noël républicain va nous permettre de nous retrouver en famille».
Le sapin est installé au milieu du salon. Des petites cartes sont accrochées aux branches. «Ce sont les vœux de chacun des invités», explique Rabeha. «Après le repas à l’heure de la messe, nous lirons des extraits de la déclaration universelle des Droits de l’homme», ajoute Aurélie co-organisatrice de ce Noël : «Je préfère l’expression “privés de papiers” à celle de “sans papier” qui met les gens dans une catégorie dont ils ne peuvent pas sortir».
Le téléphone sonne. Adrien le Père Noël, «content d’avoir une bonne raison d’échapper au repas en famille», vient aux nouvelles. Rabeha répond. «Le 31 décembre, dit-elle, nous lirons en public tous les vœux inscrits sur les cartes déposées sur le sapin».
Sur ses vœux accrochés au sapin, Sarah a demandé au Père Noël républicain «des papiers pour rassembler sa famille».
J-ME.



Et l'histoire ne dit pas si les hôtes ont retrouvé leurs bijoux et leur argent après la soirée de réveillon ... Quand arrêtera-t-on d'être dupe, et qu'on appellera un sans-papier un clandestin ? En tout cas, ces deux jeunes filles véhiculent une "belle" idée de la démocratie, qui consiste à penser qu'il faut nécessairement passer par l'illégalité pour faire changer les lois (et s'asseoir sur le résultat du suffrage universel au passage).