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Jeudi 25 septembre 2008
par L' Aviseur publié dans : Souriez...vous êtes roulés. ajouter un commentaire

Photo: Heba Aly/IRIN 
Les activistes de la campagne Publish what you fund veulent encourager les bailleurs de fonds à mieux partager l'information sur les financements accordés, notamment avec les bénéficiaires
DAKAR, 24 septembre 2008 (IRIN) - Fatigué de naviguer dans le monde souvent secret des bailleurs de fonds, un groupe d’organismes internationaux à but non-lucratif a lancé la campagne Publish what you fund (PWYF) [Publie ce que tu finances] pour encourager les bailleurs à diffuser, en temps et en heure, des informations accessibles sur l’affectation de leurs fonds. 

Le groupe, qui compte parmi ses membres Access Info et Tiri, des organismes de défense de la liberté d’information, ainsi que des organisations non-gouvernementales (ONG) comme Data/ONE, le UK Aid Network et Actionaid, a lancé sa campagne le 1er septembre, au 
Forum d'Accra sur l’efficacité de l’aide. 

Les bailleurs sont encouragés à adopter les principes de transparence de PWYF, qui les engage, entre autres, à communiquer, dans les meilleurs délais, des informations sur les subventions accordées. 

Une initiative jumelée 

Le Département public britannique pour le développement international (DFID) et 13 autres bailleurs, dont la Banque mondiale et la Commission européenne, ont également lancé l’International Aid Transparency Initiative (IATI) [Initiative internationale pour la transparence de l’aide] en vue de créer, d’ici à la fin de l’année 2009, un système qui permettra aux bailleurs de publier leurs dépenses. 

Bien qu’il existe plus de 50 systèmes de traçage des subventions, selon Sarah Cook, directrice de l’Efficacité et de la Responsabilité de l’aide au DFID, la plupart ne sont pas faciles d’utilisation. 

« Soit l’information n’est pas communiquée, soit elle n’est disponible que dans de nombreux formats complexes. C’est difficile pour les [personnes] qui sont censées bénéficier de l’aide de savoir comment les fonds sont affectés », a-t-elle dit. 

D’après Mme Cook, la transmission d’informations faciles à digérer sur les bailleurs est le seul moyen d’aider les bénéficiaires de l’aide à prendre des décisions éclairées en matière de politiques, à prévoir l’avenir, à améliorer leurs systèmes de suivi et d’évaluation et à s’attaquer à la corruption. 

Karin Christiansen, directrice de la campagne PWYF, a expliqué à IRIN que la qualité des informations était essentielle à l’efficacité de l’aide. « Cette campagne, à elle seule, ne pourra peut-être pas améliorer la responsabilité ni la planification, mais détenir de solides informations sur les flux financiers est essentiel pour que les deux fonctionnent ». 

Recoupements et informations dépassées 

Selon Mme Christiansen, des responsables ougandais ont déclaré n’être au courant que d’environ la moitié des projets humanitaires en cours dans leur pays en 2006, une situation dont les bailleurs sont partiellement responsables. 

« Les bailleurs communiquent leurs informations de façon décousue et s’attendent à ce que les gouvernements les plus pauvres de la planète soient véritablement en liaison, ce qui n’est tout simplement pas réaliste ». 

En outre, les informations que communiquent les bailleurs sont souvent dépassées. 

« Prenez le Comité d’assistance au développement : il recueille des informations pertinentes sur les flux d’aide, mais le temps que ces informations soient publiées, elles sont dépassées depuis deux ans. Cela n’aide pas si vous essayez de prévoir à l’avance », a estimé Mme Christiansen. 

Avec tant de systèmes décousus, il est facile de compter les fonds deux fois. « Le traçage des fonds d’un bailleur aux Nations Unies à une ONG, [puis] à une ONG locale est une chaîne très difficile à suivre », a-t-elle ajouté. 

Liberté d’information 

Les gouvernements ont fait des progrès ces dernières années, davantage de pays ont adopté des lois sur la liberté d’information et les bailleurs, tels que la Banque mondiale, traditionnellement réticents à ouvrir leurs livres de comptes, commencent à évoluer, à en croire Mme Christiansen. 

« La Banque mondiale divulgue désormais systématiquement ses informations financières, les contrats de passation de marchés, et ses documents prévisionnels sur son site Internet ». 

Mais selon Mme Christiansen, les bailleurs qui ne veulent pas communiquer trop d’informations trop vite attendent encore de voir venir. « Ils craignent qu’en dévoilant leur jeu les premiers, ils ne se donnent pas une bonne image. L’important a toujours été de montrer sa réussite, plutôt que de reconnaître ses échecs [c’est pourquoi] la collectivisation de l’obligation [d’informer] est très utile ». 

Pour la fondatrice de PWYF, il est encore bien difficile de soutirer des informations aux bailleurs. « Aujourd’hui, nous voudrions que les bailleurs commencent à se sentir tenus de communiquer des informations sans qu’on ait à leur demander ». 

Lutter contre la corruption 

Lorsqu’il y a davantage d’organes de contrôle de l’aide, il y a moins de risques de corruption, a estimé Douglas Alexander, Secrétaire d’Etat britannique au développement international. 

« Cette initiative sera un outil crucial pour lutter contre la [mauvaise utilisation de l’aide]. Si les populations locales peuvent voir où l’aide devrait être affectée et remettre en question son efficacité, la portée des pots-de-vin et de la corruption en sera considérablement réduite », a déclaré M. Alexander dans un communiqué de presse, publié à l’occasion du lancement de l’IATA. 

Mme Christiansen s’est dite satisfaite de voir que les bailleurs commençaient à comprendre qu’il leur incombait de veiller à ce que l’aide soit plus efficace. « Nous avons accompli d’importants progrès […] il y a eu un changement de culture et cela témoigne de la maturité de ce secteur ». 

Selon elles, les ONG, les agences des Nations Unies et autres prestataires d’aide sont également responsables de publier leur comptabilité. 

« Le secteur humanitaire fait également son mea culpa : si la loi [les] oblige moins [à communiquer leurs informations], les [ONG] devraient le faire tout de même, par principe », a-t-elle dit. 

Les activistes de la campagne PWYF ont expliqué que leur rôle était aujourd’hui de soutenir les réformes du secteur des financements, mais qu’ils entendaient bien, le temps venu, critiquer les mauvais élèves. 

« Nous allons les classer en fonction de leur niveau de transparence […] et nous comptons être très minutieux », a averti Mme Christiansen

       Qu’advient-il de l’argent de l’aide ?



Photo: UNAIDS/P.Virot 
Sénégal, Gabon, Cameroun, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Sierra Leone, Guinée équatoriale, Tchad et Guinée ont chuté dans le classement de TI, le Sénégal ayant enregistré la chute la plus spectaculaire
DAKAR, 24 septembre 2008 (IRIN) - Neuf pays d’Afrique de l’Ouest ont progressé, et neuf autres ont encore reculé au classement 2008 de Transparency international (TI) qui mesure la perception de la corruption dans 180 pays. 

Sur les 180 pays concernés par cet indice, huit pays d’Afrique de l’Ouest figuraient dans les 20 dernières places : le Cameroun, la Côte d'Ivoire, la Gambie, la Guinée-Bissau, la Sierra Leone, la Guinée équatoriale, le Tchad, et enfin la Guinée, classée à la sixième place avant la fin. Le Cap-Vert, seul pays d’Afrique de l’Ouest à bénéficier du statut onusien de pays à moyen revenu, était classé 47e. 

Dans une déclaration publique, Huguette Labelle, la présidente de TI, organisme de contrôle de la corruption, a qualifié la corruption dans les pays pauvres de catastrophe humanitaire permanente. « Dans les pays les plus pauvres, la corruption peut être une question de vie ou de mort, lorsque, par exemple, elle touche aux ressources destinées aux hôpitaux ou aux réseaux de distribution d’eau potable ». 

Le Cap-Vert, le Ghana, le Mali, le Bénin, le Niger, la Mauritanie, le Nigeria, le Togo et le Liberia ont gagné des places au classement, le Bénin, le Nigeria et le Togo affichant une nette progression. 

Cette année, en revanche, le Sénégal, le Gabon, le Cameroun, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, la Sierra Leone, la Guinée équatoriale, le Tchad et la Guinée ont chuté dans le classement, le Sénégal ayant enregistré la chute la plus spectaculaire. Quant à la Gambie, elle s’est maintenue à la 158e place. 

Guinée équatoriale 

Pays riche en pétrole mais encore confronté à une dépression économique, la Guinée équatoriale figure parmi les 10 pays perçus comme les plus corrompus, à la 171e place du classement. 

Le pétrole a pourtant permis de porter le salaire annuel moyen du travailleur guinéen à plus de 8 000 dollars, soit plus de 10 fois les salaires perçus dans les pays voisins d’Afrique subsaharienne, selon les statistiques 2006 de la Banque mondiale. 

Malgré cela, moins de la moitié de la population a accès à l’eau salubre, et un bébé sur 10 meurt à la naissance, selon les Nations Unies. 

D’après un ministre haut placé du gouvernement équato-guinéen, qui a souhaité conserver l’anonymat, le piètre classement du pays à l’indice de perception de la corruption établi par TI est douteux. « Ces gens [Transparency International] écrivent toujours la même chose. Je ne sais pas sur quelle base, en fonction de quels critères, ils placent la Guinée équatoriale aussi bas dans le classement ». 

TI définit la corruption dans le secteur public comme « l’abus d’une fonction publique à des fins d’enrichissement personnel », et 
tire ses informations de 13 sondages, réalisés par 11 institutions indépendantes. 

Les sondages ciblent des entreprises et des experts, mais ne tiennent généralement pas compte de l’opinion des chômeurs, qui représentent au moins la moitié de la population dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, selon l’Organisation internationale du travail. 


Photo: Christopher Herwig/UNMIL 
Tout comme le Liberia sous la présidence d'Ellen Johnson Sirleaf, le Cap-Vert, Ghana, Mali, Bénin, Niger, Mauritanie, Nigeria et Togo ont gagné des places au classement de TI
Selon Juan Nzo, leader de la Convergence pour la démocratie sociale, parti d’opposition équato-guinéen, le rang occupé par son pays est essentiellement justifié. 

« Plus il génère de revenus pétroliers, plus ces revenus vont directement ou indirectement dans la poche des dirigeants. Il y a beaucoup de corruption dans le secteur public, par exemple quand des contrats sont négociés directement entre les dirigeants d’entreprise et un ministre, sans passer par un processus d’appel d’offres international. C’est d’autant plus le cas que des travaux publics sont menés dans tout le pays », a expliqué M. Nzo à IRIN. 

Sénégal 

Selon Macoumba M'Bodji, mécanicien, la chute du Sénégal de la 71e à la 85e place reflète une triste réalité : « Je pense que la corruption est endémique, ici, au Sénégal. Toutes les couches de la société sont touchées. De la base au sommet, tout est gâté [pourri]. Les dirigeants sénégalais n’aident pas ; la situation est devenue catastrophique avec le gouvernement actuel [du président Abdoulaye Wade] ». 

Selon M. M'Bodji, le Parti démocratique sénégalais étant presque seul aux commandes du pays, les contestataires sont réduits au silence. 

Les partis d’opposition ont pour bon nombre boycotté les élections législatives d’août 2007, exigeant des réformes électorales et qualifiant de frauduleuse l’élection présidentielle de février 2007, qui avait abouti à la réélection du président Wade pour un second mandat, bien que les observateurs internationaux aient jugé le scrutin essentiellement libre et juste. 

Conformément à un amendement apporté en 2007 à la Constitution, le président du Sénat, formé récemment, succèderait au président Wade si celui-ci se trouvait dans l’incapacité d’achever son mandat (le président du Sénat a été nommé par M. Wade). 

Selon Dominique Correa, membre de la branche sénégalaise de TI, le manque de volonté politique et l’absence d’un système de justice indépendant ont abouti à une acceptation résignée de la corruption dans la vie publique. « Les gens ont baissé les bras [dans la lutte contre la corruption] et trouvent ça normal ». 

Mais selon Babacar Gaye, directeur de cabinet du président Wade, ce dernier est déterminé à réprimer la corruption, comme le prouve l’annonce récente d’un décret visant à réglementer l’octroi de contrats dans le domaine des travaux publics. 

« Nous espérons occuper un rang plus élevé dans le prochain rapport de TI. Je suis sûr que s’ils [TI] avaient mené leur étude après l’adoption de ce règlement, nous aurions obtenu de meilleurs résultats », a-t-il dit. 

Le Sénégal figure en effet parmi les 10 pays dotés des réglementations commerciales les plus rigoureuses, selon 
Doing Business 2009, un rapport de la Société financière internationale. 

Liberia 


Photo: IRIN 
Pays riche en pétrole mais encore confronté à une dépression économique, la Guinée équatoriale figure parmi les 10 pays perçus comme les plus corrompus, à la 171e place du classement de TI
Le pays, qui occupe désormais le 138e rang du classement, a gagné 12 places. Les jeunes de Monrovia se réjouissent de cette nouvelle. 

« Oui, je pense que mon pays est moins corrompu cette année », a déclaré Kolubah Zazay, 30 ans, « en formant la commission de lutte contre la corruption, il est clair que notre gouvernement veut réprimer sévèrement cette pratique ». 

Après avoir remporté les élections de 2005, la présidente Ellen Johnson-Sirleaf s’est engagée à adopter une politique de tolérance zéro face à la corruption. Les bailleurs internationaux, dont la Société financière internationale, avaient appelé à la formation d’une commission chargée de lutter contre la corruption et les détournements de fonds, héritage d’une guerre civile sanglante qui a duré 14 ans et s’est achevée en 2003. 

Les critiques de la commission créée en août 2008 se plaignent toutefois que ses membres n’ont pas été sélectionnés de façon équitable, une objection que rejette Francis Johnson Morris, présidente de la commission. 

« Ils n’ont pas le moindre début de preuve », a-t-elle déclaré à IRIN. « S’ils avaient des preuves, ils les auraient fait valoir pendant mes audiences de confirmation. J’estime que les gens qui font du bruit veulent tout simplement faire circuler des rumeurs ». 

« La question de la corruption touche tous les secteurs de notre société. Je prévois que la commission s’attirera les foudres d’un grand nombre de personnes. J’attends cela avec impatience », a poursuivi Mme Morris. 

Pour Antonio Mazzitelli, directeur de la branche ouest-africaine de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), les commissions ne suffisent pas, toutefois, à freiner le phénomène mondial de la corruption. « La prolifération des efforts et des plans d’action contre la corruption ne permettra d’apporter aucun changement si l’on ne donne pas à ces commissions des pouvoirs exécutifs et judiciaires ». 

L’UNODC a imputé à la corruption des gouvernements l’augmentation, ces dernières années, du nombre des cartels internationaux de la drogue qui transitent par l’Afrique de l’Ouest. En février 2008, les forces de sécurité libériennes ont annoncé une saisie de plus de deux tonnes de cocaïne, leur plus grosse prise en date. 

Malgré les obstacles à l’élimination de la corruption, Tina Momo, une Libérienne de 28 ans, étudiante à l’université, se montre optimiste. Mais elle reste prudente : « Notre gouvernement s’est engagé à lutter contre la corruption […] Mais oui, je crois que c’est encore un défi difficile à relever »

AFRIQUE DE L'OUEST: Indice de corruption 2008 – Résultats mitigés
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