"Après avoir considéré la situation et consulté divers conseillers en droit et alliés politiques, j'ai décidé de démissionner", a déclaré Pervez Musharraf dans un discours télévisé à la
Nation.
"Je laisse mon avenir dans les mains du peuple", a ensuite lâché le chef de l'Etat pakistanais, la mine très sombre, au terme d'un discours dans lequel il a âprement défendu son bilan. Il a
également accusé la coalition gouvernementale, l'ancienne opposition sortie vainqueur des législatives de février, de saper les fondements de la République Islamique du Pakistan.
Au sommet de son impopularité, M. Musharraf, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1999, a finalement cédé face à ses adversaires politiques. Le gouvernement avait annoncé dimanche qu'il
déposerait en début de semaine devant le Parlement une procédure de destitution contre l'ancien général, qui avait démissionné du poste de chef d'état-major des armées avant les élections.
Coalition en désaccord
Celles-ci avaient été largement remportées d'abord par le parti de l'ex-premier ministre Benazir Bhutto, assassinée fin décembre dans un attentat-suicide, puis par celui de l'ancien chef du
gouvernement Nawaz Sharif, évincé du pouvoir le 12 octobre 1999 lors du putsch du général Musharraf.
Depuis la formation du gouvernement en mars, la coalition ne parvenait cependant pas à s'entendre sur son sort. M. Sharif a même retiré les ministres de son parti en accusant celui de Mme Bhutto
de renoncer à évincer le chef de l'Etat.
L'ex-opposition reproche notamment à M. Musharraf d'avoir bafoué la Constitution en évinçant des magistrats qui s'apprêtaient à statuer sur sa réélection contestée en octobre 2007, et d'avoir
instauré illégalement l'état d'urgence en novembre. A ces griefs s'ajoutent des haines plus personnelles, essentiellement celle que lui voue Nawaz Sharif.
Marché?
Plusieurs proches de M. Musharraf ont exclu l'idée d'un exil et les médias pakistanais s'interrogeaient lundi sur un éventuel "marché" passé pour lui éviter des poursuites judiciaires, en échange
de sa démission. Jusqu'au dernier moment, M. Musharraf avait fait savoir qu'il n'avait nullement l'intention de lâcher le pouvoir.
La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice avait du reste estimé dimanche que la question d'accorder ou non l'asile politique à M. Musharraf, dans le cas où il serait destitué, n'était pas
à l'ordre du jour.
Après l'annonce de son départ lundi, les Etats-Unis ont assuré qu'ils continueraient "à travailler avec le gouvernement pakistanais". D'autres pays, tels que la Grande-Bretagne, la Russie, la
France, l'Afghanistan et l'Allemagne, ont dit vouloir maintenir la collaboration avec un Pakistan "stable et démocratique".
Crise sans précédent
Dans les rues des grandes villes du pays, de nombreux Pakistanais sont descendus dans les rues, dansant et chantant des slogans hostiles à M. Musharraf.
Ce dernier part cependant au moment où le pays est en proie à une terrible crise économique et à une vague d'attentats islamistes sans précédent qui ont fait plus de 1200 morts en un peu plus
d'un an. Le nouveau gouvernement, sous la pression intense de Washington, a lancé depuis un mois une importante offensive contre les talibans et Al-Qaïda dans les zones tribales du
nord-ouest.
M. Musharraf a fait ses adieux à l'armée au cours d'une ultime garde d'honneur à la présidence lundi en soirée. Il devait remettre aussitôt après sa démission au président de l'Assemblée
nationale.
Dans l'attente de l'élection de son successeur, le président du Sénat, Mohammedmian Soomro, assurera la présidence par intérim. Le prochain chef de l'Etat sera issu du parti de Benazir Bhutto, a
promis dès lundi son fils, co-président du mouvement.

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