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Après l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand à Sarajevo, le 28 juin 1914, l’Autriche obtint du Kaiser Wilhelm un chèque en blanc pour punir la Serbie. L’Allemagne soutiendrait son allié quel que soit le choix de celui-ci. L’Autriche choisit la guerre contre la Serbie. Et ce fut la première guerre mondiale.
Le 31 mars 1939, la Grande-Bretagne signa à la Pologne un chèque en blanc lors du différend qui opposait cette dernière à l’Allemagne au sujet de Danzig, une ville habitée par 350 000 Allemands. En cas de guerre, la Grande-Bretagne combattrait aux côtés de la Pologne.
La Pologne refusa de négocier, Hitler attaqua et la Grande-Bretagne entra en guerre.
Six ans plus tard, l’empire britannique s’était effondré. L’Allemagne était réduite en cendres. La Pologne rejoignait l’enclos des esclaves de l’empire de Joseph Staline.
La leçon à tirer de ces évènements est qu’aucune grande puissance ne devrait jamais signer à l’un de ses petits alliés ou « clients » un chèque en blanc pour déclencher une guerre.
Ce qui soulève la question suivante : Bush a-t-il signé un chèque en blanc à Israël ?
Il y a un an, Israël a attaqué et détruit un réacteur nucléaire syrien. En avril, l’Etat hébreu a organisé durant cinq jours un exercice de défense. En juin, c’est une attaque simulée qui s’est déroulée en Grèce, mobilisant 100 avions de chasse de type F-15 et F-16 ainsi que des ravitailleurs. Les avions ont parcouru 1450 kilomètres, soit la distance séparant Israël du complexe iranien d’enrichissement d’uranium de Natanz.
Le 6 juin, le vice-premier ministre Shaul Mofaz a menacé Téhéran en ces termes : « si l’Iran poursuit son programme nucléaire militaire, nous l’attaquerons. »
Ehud Olmert, après avoir rencontré le président américain en juin, a déclaré à ses compatriotes : « George Bush a pris conscience de la gravité de la menace iranienne et de la nécessité d’y mettre un terme, et il a l’intention de traiter cette question avant la fin de son mandat… »
Les Israéliens bluffent-ils ou ont-ils vraiment l’intention d’attaquer ?
Israël, il est vrai, pourrait causer des dommages à l’Iran, mais ne pourrait pas l’emporter sans utiliser d’armes nucléaires. Mais toute attaque lancée par Israël contre l’Iran nécessiterait la complicité des Américains, qui devraient alors prendre part à la plupart des combats pour pouvoir l’emporter ou mettre un terme au conflit.
Ainsi, si George Bush ne veut pas d’une guerre avec l’Iran, les Etats-Unis étant déjà engagés dans deux conflits, il doit informer sans aucune ambiguïté les Israéliens que l’Amérique est opposée à toute attaque préventive de leur part contre l’Iran, qu’elle ne soutiendra pas l’Etat hébreu, mais qu’au contraire elle condamnera une telle attaque.
Si Bush considère qu’une guerre contre l’Iran est indispensable à la sécurité des États-Unis, il devrait alors en informer le Congrès. Mais autoriser Israël à se lancer dans une guerre dont les Américains ne veulent pas serait un manquement à son devoir de président.
Il est clair que les préparatifs de guerre de l’Etat hébreu ont eu pour objectif de mettre sur l’Iran une pression maximum afin que Téhéran interrompe son programme d’enrichissement d’uranium. Bush a dû certainement apprécier cette pression supplémentaire.
Mais, comme les Iraniens l’ont déjà affirmé, ils ont le droit, conformément au traité de non-prolifération nucléaire qu’ils ont signé (contrairement à Israël), d’enrichir de l’uranium pour un usage civil. Téhéran a aussi déclaré que l’Iran n’entend pas être la première nation à renoncer aux droits accordés par la signature de ce traité. Et en réponse aux exercices militaires israéliens, l’armée iranienne a elle aussi procédé à des tirs de missiles cette semaine.
Si aucun camp ne renonce, la confrontation est inévitable. Probablement sous peu.
Car nous sommes à quatre mois de l’élection présidentielle américaine et Israël est en train de préparer le terrain à une attaque des installations nucléaires iraniennes.
Est-ce une façon détournée pour Bush de faire la guerre à l’Iran ?
Le chef d’état-major américain, Mike Mullen, de retour d’un voyage en Israël il y a une semaine, a affirmé qu’un « troisième front » au Moyen-Orient face à l’Iran, serait « extrêmement pénible » pour l’armée américaine. Il a également déclaré que les forces terrestres américaines ne pourraient pas faire face à une nouvelle guerre contre une nation trois fois plus grande que l’Irak.
Interrogé à propos d’une action unilatérale d’Israël, Mullen a répondu : « C’est une partie du monde très instable et je n’ai pas besoin qu’elle le soit d’avantage ». Mais Mullen n’est pas le président des États-Unis. Qu’est-ce que Bush a dit à Olmert ? Israël a-t-il reçu le feu vert ? Ou le feu orange ? Ou rouge ?
Si Israël attaquait l’Iran et que Bush niait la complicité des États-Unis, le président américain ne serait pas plus crédible que ne l’ont été la France et la Grande-Bretagne en 1956, lors de la crise du canal de Suez. Alors que les Israéliens avaient envahi le Sinaï, la Grande-Bretagne et la France étaient intervenues soi-disant pour séparer les nations belligérantes et pour sécuriser le canal. Scandalisé, Eisenhower leur avait ordonné, ainsi qu’aux Israéliens, de quitter la région et d’évacuer le Sinaï. Ce qu’ils firent.
Le président Bush doit prendre ses responsabilités.
Si Bush pense que les sanctions sont inefficaces et qu’il faut absolument arrêter le programme nucléaire iranien, alors il devrait aller devant le Congrès pour obtenir l’autorisation de neutraliser les installations iraniennes. Si, par contre, telle n’est pas sa conviction, il devrait empêcher Israël de déclencher une guerre que les soldats américains auront à finir eux-mêmes.
L’Amérique doit rétablir cette liberté absolue d’action en matière de guerre et de paix qu’elle avait avant qu’elle ne s’empêtre dans cet enchevêtrement d’alliances qui l’encombrent aujourd’hui.
Aucun allié, aucun clientélisme ne devrait jamais entraîner les États-Unis dans une guerre que ceux-ci n’auraient pas décidée en respectant la Constitution américaine.
Plus aucun chèque en blanc, pour aucune nation.
Par Patrick J. Buchanan
Traduit de l’américain par G.W. Blakkheim pour Novopress France
[cc] Novopress.info, 2008, Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source
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