A cette même époque, les agressions et les vols étaient devenus monnaie courante. Entre 1967 et 1968, à New-York, le nombre de ce genre d’infractions avait augmenté
de 70% et celui d’agressions dans les rues de la ville avait grimpé de 25 %. La plupart de ces délits étaient commis par les «Afro-Américains», qui avaient souffert des mauvaises conditions de
logement et de travail, durant de longues années. Dans les autres villes des Etats-Unis, la situation n’était pas meilleure : à cette même époque, les noirs s’étaient soulevés dans 125 autres
villes.
Cette criminalité revêtait un caractère nettement antisémite. A New-York, des enseignants juifs avaient été
agressés dans des écoles publiques, des cimetières juifs avaient été profanés et des synagogues avaient été saccagées. Les Juifs étaient considérés comme une proie facile, ayant la réputation
de gens froussards et incapables de se défendre.
Le Rav Méïr Kahana fonda la Ligue afin de changer l’image des Juifs. Il avait l’habitude de dire que dans la Torah, «il n’est pas question de tendre l’autre joue»
La Ligue organisa des cours de judo, de karaté et de tir et au bout de quelques temps, les membres de la Ligue patrouillèrent dans les quartiers juifs qui étaient menacés.
La presse accorda beaucoup d’intérêt à ce «nouveau Juif», tellement différent de celui qui leur était connu jusque là. Les journaux, la télévision, la radio
parlèrent du camp d’entraînement qui avait été ouvert par la Ligue et des initiatives courageuses qui avaient été entreprises, afin de défendre les enseignants et les commerçants juifs. Par la
suite, de nombreuses succursales de la Ligue s’ouvrirent à travers les Etats-Unis.
La Ligue s’opposa également à la politique du gouvernement qui favorisait l’emploi des noirs et leur accès aux universités. Cette politique défavorisait nettement
les Juifs qui devaient eux leur progression à leurs capacités et aux efforts qu’ils avaient fournis.
Afin de lutter contre cette politique discriminatoire, la Ligue eut recours à une ruse : ils manifestèrent devant les locaux de l’équipe de Base Ball ‘Mets’ en
revendiquant que l’équipe intègre 26,2% de joueurs juifs, proportionnellement au pourcentage de Juifs que comprenait l’ensemble de la population de New York. Dans une lettre ouverte à la
direction des ‘Mets’, le Rav Méïr adopta le style du discours «des noirs défavorisés» :
«Pendant des décennies, les Juifs eurent à souffrir de la faiblesse de leurs mères juives, qui s’obstinèrent pour qu’ils acquièrent de l’instruction. C’est la
raison pour laquelle ils furent victimes de discrimination et c’est pour cette raison qu’ils ne purent prendre part aux compétitions sportives à égalité avec les autres secteurs de la
population»
Les Juifs des moyennes et des basses classes populaires furent d’accord avec la lutte menée par la Ligue contre la violence et la discrimination, mais par contre,
les dirigeants de la communauté juive, craignant pour leur image respectable, qualifièrent le Rav Méïr de ‘provocateur’ et accusèrent la Ligue d’être un groupe d’anarchistes. Or, il était
impossible de réfuter la nécessité d’une organisation d’autodéfense, car la protection de la police était insuffisante et les cités s’étaient transformées en véritables ‘jungles’ Les dirigeants
de la communauté juive ne s’étaient jamais risqués à se promener seuls dans les quartiers en question et n’avaient donc jamais été confrontés aux agressions dont leurs frères étaient
victimes.
Un des principaux arguments évoqués contre la Ligue, disait que ses méthodes violentes «n’étaient pas conformes au judaïsme» Le rav Méïr démonta cet
argument en ces termes:
«Depuis qu’Abraham notre Père était entré en guerre contre les quatre rois pour libérer son neveu Loth, jusqu’au jour où Moïse frappa l’Egyptien au lieu de
nommer une commission d’enquête pour se pencher sur l’origine de l’antisémitisme égyptien, de l’époque des Macchabée jusqu’aux élèves de Rabbi Akiba qui, interrompant leur étude, avaient été
envoyés rejoindre l’armée de Bar Kochba…, les dirigeants juifs ont toujours activement participé à la lutte pour la liberté de leur peuple»
Les idéaux que le Rav Méïr inculqua aux membres de la Ligue, étaient fondés sur la Torah. Un des principes sur lequel il insistait, était ‘l’amour d’Israël’,
l’obligation d’aimer chaque Juif et de toujours lui venir en aide. C’est ‘l’amour d’Israël’ qui motivait les membres de la Ligue et qui les poussait à vouloir défendre les Juifs qui étaient en
danger, où qu’ils soient. Et c’est ainsi que l’action de la Ligue s’étendit à une action en faveur des Juifs d’Union soviétique.
Depuis la prise du pouvoir par les Bolcheviques en 1917, les Juifs d’Union soviétique furent privés de tout contact avec les Juifs d’Occident. Mais en 1964, en
pleine «Guerre froide» entre l’Union soviétique et les Etats-Unis, des informations concernant l’oppression des Juifs russes, commencèrent à filtrer. Il leur était interdit de célébrer des Brit
mila et quiconque enseignait l’hébreu ou le judaïsme à un enfant était envoyé en Sibérie. Aucun citoyen soviétique n’était autorisé à émigrer, si bien que les Juifs soviétiques n’avaient même
pas la possibilité de conserver leur judaïsme dans un autre pays. Les Soviétiques considéraient les Juifs comme des citoyens de deuxième ordre et ils les accusaient d’être responsables des
problèmes économiques que l’Union soviétique traversait à cette même époque.
Afin de résoudre leurs problèmes économiques et pour acquérir du blé d’Amérique à bon prix, les Soviétiques cherchèrent à renouer avec les Etats-Unis. Le rav Méïr
pensa que c’était l’occasion rêvée pour tenter de sauver les Juifs d’Union soviétique :
«L’Union soviétique est en ruine à cause de problèmes économiques. C’est pourquoi elle a un besoin vital de renouer avec les Etats-Unis… Si nous parvenons à
menacer ces relations, les Soviétiques se diront peut-être qu’ils feraient bien de cesser d’opprimer les Juifs»
«Nous devons faire les gros titres des journaux et nous n’y parviendrons que par des actions dramatiques et audacieuses. Si besoin est, nous renoncerons à la
«confortable respectabilité» et nous nous écarterons un peu du respect inconditionnel de la loi… Ce ne sera pas une tâche agréable et elle n’est certainement pas faite pour des gens qui ont
peur de se salir les mains»
En 1964, quand le Rav Méïr tint ces propos, peu de gens furent prêts à «se salir les mains», mais en 1970, les membres de la Ligue avaient appris à mettre la
«respectabilité» de côté. Ils étaient prêts à tout pour que l’opinion publique américaine prenne conscience de la détresse des Juifs d’Union soviétique
Ils perturbèrent les représentations artistiques soviétiques aux Etats-Unis en les interrompant en s’écriant «Let my people go !» et «Liberté aux Juifs d’URSS !»
Lors d’une représentation à Chicago, quelqu’un jeta une grenade lacrymogène et les 3500 spectateurs furent contraints de quitter la salle. A Philadelphie, ils lâchèrent des centaines de souris
dans une salle et déclenchèrent la panique. Ils organisèrent des manifestations houleuses dans les grandes villes.
A la suite d’une manifestation au cours de laquelle un carrefour principal de Manhattan fut bouché pendant vingt minutes, le Rav Méïr fut arrêté. Le lendemain
matin, après avoir été libéré sous caution, il fut interviewé par la chaîne nationale N.B.C. et déclara : «Nous avons perdu six millions de Juifs il y a 25 ans. Nous n’avons pas l’intention
d’en perdre trois millions et demi de plus dans un génocide spirituel»
A cette époque, les dirigeants de la communauté juive condamnèrent ces manifestations «violentes» en faveur du judaïsme soviétique. A présent, nombreux sont ceux
qui reconnaissent que la Ligue de Défense Juive joua un rôle décisif dans cette lutte.
Glen Richter, le président du mouvement des «Etudiants pour les Juifs soviétiques» écrivit : «Le Rav Kahana a imposé la question des Juifs soviétiques à la
une des journaux de manière telle que nous, avec nos manifestations plus calmes, n’y étions jamais parvenus»
Grâce aux manifestations effectivement ‘dramatiques’ de la Ligue, la question du judaïsme soviétique fit les gros titres. Ils influèrent sur l’opinion publique
américaine et la poussèrent à s’engager pour la liberté des Juifs d’URSS. Grâce aux pressions américaines, l’Union soviétique commença à libérer les Juifs et à partir de 1971, une moyenne de 22
000 Juifs soviétiques par an, furent autorisés à émigrer.
Le Rav Méïr avait vu juste au sujet de l’autodéfense, de même qu’au sujet du judaïsme d’Union soviétique. Nous faudra-t-il quarante ans de plus pour nous rendre compte qu’il avait raison dans
bien d’autres domaines ?
Traduit de l'hébreu pour Arouts 7 par Aline Sultan.
Libby Kahana est la veuve du Rabbin Méïr Kahana, assassiné aux Etats-Unis et la mère du Rav Biniamin Kahana, assassiné avec sa femme Talia, en Israël.
Que ses mérites exceptionnels et ceux de sa famille rejaillissent sur l'ensemble du Peuple d'Israël!
Libby Kahana est l’auteur d’un nouveau livre : «Rabbi Meir Kahane : His life and Thought, Volume 1, 1932-1975» (761 pages) - Publié aux éditions “Urim” -
www.urimpublications.com