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Et de deux. Coup sur coup en moins de quatre mois, les policiers toulousains sont intervenus dans le milieu des escorts girls, ces prostituées étrangères qui organisent, via le net, de véritables tournées nationales d'un hôtel à l'autre. Ces deux enquêtes consécutives montrent l'essor considérable de cette prostitution. Une prostitution plus discrète, plus lucrative pour les réseaux, et bien peu évidente à traquer.
Il n'y a qu'à voir le nombre de filles inscrites sur les sites d'annonce d'escorts pour avoir une idée de la déferlante… Le principe est simple : les prostituées affichent leur CV détaillé (prestations, tarifs, photos) sur le web. Elles indiquent leurs jours de passage dans telle ou telle ville ainsi qu'un numéro de téléphone. Les avantages, pour elles, sont nombreux : sécurité accrue par rapport à la rue et accès à une clientèle aisée. La réservation de l'hôtel et le « planning » sont organisés depuis l'étranger. Et, après une étape de deux ou trois jours, les filles s'envolent dans une autre ville.
Après la brigade des Mœurs de la sûreté en janvier, le groupe proxénétisme de la PJ s'est intéressé à deux filles qui se trouvaient la semaine dernière dans un grand hôtel du centre-ville toulousain. Une ressortissante tchèque âgée d'une trentaine d'années accompagnait une Lituanienne âgée d'un peu plus de vingt ans. Les surveillances ont permis de comprendre les multiples allers et venues d'hommes dans les chambres. Lors de l'interpellation, deux clients ont d'ailleurs été entendus.
D'après l'enquête, la fille la plus âgée, qui ne se prostituait pas, chapeautait sa compagne qui, elle, facturait 300 € l'heure. Cette jeune femme aurait été recrutée en Angleterre où se trouverait l'agence d'escort girls qui l' emploie.
Lors de la perquisition, six ou sept cartes de crédit ont été trouvées ainsi qu'un ordinateur. L'étape toulousaine sera un peu plus longue que prévue pour la ressortissante tchèque. Présentée samedi à un magistrat, elle a été écrouée.
Les policiers observent avec un certaine inquiétude ce boom de la prostitution sur le net qui s'accompagne d'une baisse de la prostitution de rue (30 à 40 filles dans la Ville rose). Dans ces deux affaires, ils ont pu établir le proxénétisme grâce à la présence d'un accompagnateur (trice) chargé de collecter les gains. Mais qu'en sera-t-il si tout est organisé depuis l'étranger ?
J.-N. G.
Prostituée depuis douze ans à Toulouse dans le secteur de l'Embouchure, Toulousaine d'origine, Stéphanie (prénom d'emprunt), est une des toutes dernières Françaises qui travaille dans la rue. Elle décrit les mutations de la prostitution et déplore l'éternelle guerre de trottoir.
Comment a évolué la prostitution ?
Dès que les filles de l'Est sont arrivées dans les années 2000, on est monté avec de pseudos clients. On s'est retrouvé avec un pistolet sur la tempe. Dès lors, 50 % des Françaises ont arrêté. Je pense qu'aujourd'hui nous ne sommes plus qu'une vingtaine dont trois ou quatre la nuit et le reste le jour.
Que dénoncez-vous ?
Tous ces réseaux. Ils considèrent que tout le territoire leur appartient. Pour eux, nous sommes une concurrence. J'ai été menacée. On m'a demandé de verser 500€ tous les six mois plus un pourcentage. Aujourd'hui, je trouve des douilles sur mon emplacement.
Les clients sont-ils moins nombreux ?
Il y a moins de clients mais on travaille encore. Il y a quelques années, ces filles gagnaient 1000€ par jour. Aujourd'hui, elles font 500 à 600€ par soir. Elles viennent en France en croyant qu'elles vont faire des ménages, travailler avec des enfants. A l'Embouchure, il y a une vingtaine de Bulgares. Ces filles-là ne demandent qu'à partir. Mais tant qu'elles n'ont pas payé leur dette, elles ne peuvent pas. Moi je gagne 9000€ par mois.
Les clients ont-ils changé ?
Ils sont plus difficiles. Ils veulent des prix plus bas. Les filles ont fracassé les prix : 30€ l'amour sans préservatif…
« J'ai observé ce phénomène depuis fin décembre. Plusieurs transexuels sont venus en masse pour réserver des chambres. Ils paient cash les quatre nuits puis ils s'enferment dans leur chambre en attendant les clients. Le phénomène touche de nombreux hôtels », assure cette responsable d'un hôtel toulousain confrontée à la montée de la prostitution qui avance cachée dans la Ville rose. « Que faire ? Si je n'accepte pas certains clients, je peux être accusée de pratique discriminatoire. Surtout si je n'ai pas de preuve de l'activité de ces personnes… En général, tout se fait dans la discrétion et les chambres d'hôtel sont toujours très propres à la fin. »
Les prostituées africaines représentent environ le tiers de la prostitution de rue toulousaine. La semaine dernière, la brigade des Mœurs de la sûreté s'est intéressée à une dizaine de filles qui, chaque nuit, arpentait le secteur de l'avenue du Cimetière et du boulevard de la Gare. Des prostituées d'origine ghanéenne. Les surveillances ont montré qu'elles faisaient leurs passes dans un appartement loué par un Toulousain, un cuisinier. Celui-ci a été interpellé. De même que deux filles. L'une est âgée d'une cinquantaine d'années. Elle ne faisait pas de passes et gérait son petit monde. L'autre est soupçonnée de lui avoir prêté main forte. Neuf prostituées de ce réseau, considérées comme victimes, ont depuis quitté le trottoir toulousain. Lors de sa garde à vue, l'une des femmes impliquées a jeté un sort à un des enquêteurs…
Publié le 16 avril 2008 à 09h19 | Auteur : Recueillis
par J.-N. G.
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